Avec l'un des taux de mortalité le plus faible d'Europe, l'Allemagne fait figure d'exception dans sa gestion de l'épidémie.

Et l'on parle encore une fois du modèle allemand. Pas pour l'économie cette fois, mais pour sa gestion remarquable de la crise du coronavirus. Avec un peu plus de 130.000 cas pour "seulement" 3215 morts, l'Allemagne fait bien mieux que les autres grands pays européens. La France compte plus de 15.700 décès pour un peu plus de 143.000 cas, l'Italie a dépassé la barre des 20.000 morts et l'Espagne le cap des 18.000 décès.

L’Allemagne fait donc figure d’exception dans la lutte contre le Covid-19, avec un taux de létalité outre-Rhin bien plus faible qu’ailleurs en Europe. Il est aujourd’hui évalué à 1,8% en Allemagne, contre 7,6% en France, 8% en Espagne tandis qu’en Italie, il était quasiment à 12% début avril.
Mais pourquoi il marche le modèle allemand?

UNE POLITIQUE DE DÉPISTAGE MASSIVE

Comme la Corée du Sud, l’Allemagne a rapidement lancé une politique de dépistage massive. D’abord, de toute personne revenant d'un pays à risques, comme la Chine, ou l’Italie, dès la fin janvier. Ensuite, de toute personne présentant des symptômes du Covid-19, ou ayant été en contact avec une personne infectée. "La raison pour laquelle l'Allemagne compte si peu de décès par rapport au nombre des personnes infectées peut s'expliquer par le fait que nous faisons beaucoup de diagnostics en laboratoire", a expliqué au cours d'une conférence de presse Christian Drosten, le chef du département virologie à l'hôpital de la Charité à Berlin. "Nous effectuons un demi-million de tests chaque semaine", a-t-il précisé. L'objectif prochain est même de 200.000 tests par jour. "Ceci devrait représenter le plus grand nombre de tests pour un pays dans le monde en chiffres absolus et relatifs" a affirmé le ministre de la Santé, Jens Spahn.

Grâce à ces tests réalisés nombreux et précoces, des mesures de quarantaine ont pu être anticipées et les malades vite isolés. Dans une tribune diffusée dimanche, l'ancien ministre socialiste, Stéphane Le Foll, appelle à s'inspirer du "modèle allemand" et plaide pour "une stratégie de test généralisée". "Chez nos voisins allemands, la stratégie a été définie dès la mi-février 2020 quand en France nous étions encore en pleine confrontation sur les retraites et en cours de nomination d’un autre ministre de la santé", souligne-t-il.

DES MOYENS POUR LA SCIENCE

Un autre facteur qui explique la réussite allemande dans la gestion de cette crise sanitaire a été l’importance de la recherche scientifique, dont les dépenses continuent d’augmenter. Plus de 90 milliards d’euros sont actuellement dépensés chaque année dans les domaines de la recherche publique et privée, contre 50 milliards d'euros en France.

UNE GRANDE CAPACITÉ HOSPITALIÈRE

Avant l’épidémie, l’Allemagne était dotée de 28.000 lits en réanimation. Et le pays a rapidement augmenté sa capacité, estimée aujourd’hui à 40.000 lits, dont 30.000 équipés de respirateurs. En France on est passé de 5 000 à 14 000 lits dans les services de réanimation.

Cette capacité hospitalière outre-Rhin facilite grandement la prise en charge des malades graves et les hôpitaux ne se trouvent pas débordés. Fin mars, 45 % des lits étaient vides, d’après le ministre de la Santé Jens Spahn.

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D'ailleurs, le Deep Knowledge Group de Londres, un consortium d’organisations commerciales à but non lucratif a établi un classement des pays les plus sûrs au monde face à la crise sanitaire causée par le coronavirus. L'Allemagne y figure à la deuxième place.

Autre élément encourageant, le nombre de personnes guéries du nouveau coronavirus dépasse désormais le nombre de malades. Résultat, l'Allemagne se prépare à lever progressivement les restrictions liées à l'épidémie du nouveau coronavirus, profitant d'une situation moins dramatique que dans d'autres pays européens