La stratégie énergétique française ne laisse que peu de place au doute: la fermeture de la centrale nucléaire de Cattenom n'est pas prévue avant plusieurs années.

Lundi 20 janvier, le ministère de la Transition écologie et solidaire français publiait un épais document détaillant sa politique énergétique pour la prochaine décennie. Un texte mis en consultation publique dans lequel il rappelle notamment son intention de fermer 14 de ses 58 réacteurs nucléaires d'ici 2035, date à laquelle l'atome ne devra plus représenter que 50% de la production d'électricité (contre 72% environ aujourd'hui).

En comptant la fermeture déjà programmée des deux réacteurs de Fessenheim (le 22 février et le 30 juin 2020), 12 réacteurs pourront être définitivement mis à l'arrêt entre 2029 et 2035 (voire à partir de 2027 mais sous certaines conditions qui dépendent de la politique énergétique des pays voisins de la France). En 2035, il restera donc 45 réacteurs en service: les 44 déjà existants + l'EPR de Flamanville, aujourd'hui en construction.

Conscient de la date de péremption de ses centrales, EDF a ciblé plusieurs sites où des réacteurs pourront être démantelés. Tous sont d'une puissance inférieure à ceux de Cattenom (900 MWe contre 1.300 en Moselle) et sont un peu plus anciens.

L'EPR de Flamanville est toujours en construction sur la côte ouest de la France: il devrait entrer en service en 2022, soit avec dix ans de retard. / © CHARLY TRIBALLEAU / AFP

LA FIN DU NUCLÉAIRE? PAS VRAIMENT

Globalement, le calcul français est une équation délicate, mêlant stratégie industrielle et mesure économique. Le gouvernement ne s'en cache pas: "Le principe général sera l’arrêt des réacteurs, hors Fessenheim, à l’échéance de leur 5ème visite décennale, soit des arrêts entre 2029 et 2035" et "Dans la mesure où EDF amortit comptablement les réacteurs de 900 MW sur une durée de 50 ans, le Gouvernement considère que ces arrêts ne donneront pas lieu à indemnisation." 

Bien que les centrales françaises aient été conçues avec une durée de fonctionnement de 40 ans, leur prolongement est possible, à condition d'investir massivement dans des rénovations et de nouvelles mesures de sécurité. Ainsi, c'est sur cette durée de 50 ans que sont basées les études de coût et de gestion des déchets nucléaires pour les unités de 900 MW (et sur 40 ans pour tous les autres réacteurs). C'est d'ailleurs l'âge qu'attendront les réacteurs amenés à être fermés d'ici à 2035.

Cette décroissance du parc nucléaire français ne marquera pourtant pas la fin de l'atome. Le Conseil économique, social et environnemental français résume d'ailleurs assez bien la stratégie de l'Hexagone: "le socle de la production d'électricité reste nucléaire, les énergies renouvelables sont invitées à s'y ajouter plutôt qu'à s'y substituer".

Par beau temps, la centrale de Cattenom est parfaitement visible depuis Luxembourg-ville. / © RTL

ET CATTENOM DANS TOUT ÇA?

Dans sa publication, le ministère insiste sur le fait de ne vouloir fermer aucune centrale malgré les mises à l'arrêt des réacteurs. "Sauf exceptions, la décroissance du parc nucléaire ne devra conduire à l’arrêt complet d’aucun site nucléaire."

Ainsi, la France veut éviter la disparition complète d'une centrale, ce qui engendrerait d'importants déséquilibres économiques et sociaux. C'est particulièrement vrai en Moselle, où la celle de Cattenom fait vivre près de 10.000 personnes grâce aux emplois directs et indirects qu'elle génère.

Les quatre réacteurs mosellans, d'une puissance de 1.300 MW et mis en service entre 1987 et 1992 auront quarante ans entre 2027 et 2032. Compte tenu de la volonté de la France de maintenir les centrales en activité tout en fermant seulement certains réacteurs anciens et moins puissants, la centrale nucléaire de Cattenom a encore de beaux jours devant elle.