"Un aspirateur à emploi", c'est ainsi que le Luxembourg est décrit par les instances du patronat en Lorraine. L'une de leurs représentants demande la création d'une zone de transition fiscale dans le Grand Est.

"Nos entreprises sont en train de mourir". Ce cri d'alarme, c'est Christine Bertrand, présidente du MEDEF Meurthe-et-Moselle (54), qui l'a poussé devant Bruno Le Maire, ministre français de l'Économie, lors d'une entrevue il y a quelques mois.

"AU LUXEMBOURG (...) ON N'ASPHYXIE PAS LES ENTREPRISES AVEC DES CHARGES"

Car le temps où la croissance du Grand-Duché était perçue avec bienveillance est révolu. Aujourd'hui le différentiel d'attractivité et de compétitivité a atteint un tel niveau que les représentants du monde de l'entreprise demandent des mesures d'urgence au gouvernement français.

"En fait, on ne fait que rebondir sur une proposition d'Emmanuel Macron, précise Christine Bertrand. Nous n'avons aucune animosité envers le Luxembourg, où il y a un respect des entreprises. On ne les asphyxie pas avec des charges comme en France. J'ai vu récemment un patron de clinique de mon secteur dont l'établissement est en péril car il ne parvient plus à retenir son personnel."

Comment lutter quand une infirmière avec 15 ans d'ancienneté gagne 4.500 euros nets au Grand-Duché contre 2.200 en France? La présidente du MEDEF 54 évoque une moyenne de 30% de rémunération en plus côté luxembourgeois.

La solution pourrait être un aménagement de la fiscalité des entreprises sur une zone donnée, une sorte de transition fiscale qui permettrait aux acteurs de l'économie en Lorraine de pouvoir un tant soit peu rivaliser avec leurs voisins.

DES ENTREPRISES D'INTÉRIM ALLEMANDES OPPORTUNISTES

Surtout qu'il existe de nombreux opportunistes, comme ces entreprises allemandes d'intérim, installées au Luxembourg, qui n'hésitent pas à débaucher des employés de l'industrie côté français en leur proposant un meilleur salaire pour travailler... dans la même entreprise! Une des spécificités des sociétés d'intérim allemandes est en effet qu'elles peuvent proposer des CDI.

Ainsi, des mesures s'imposent, surtout que des projections démographiques laissent entrevoir une aggravation de la situation.

On peut redouter, selon une étude du Sillon lorrain (pôle regroupant les quatre intercommunalités de Thionville, Metz, Nancy et Épinal), l'impact de la modification de la structure de la population qui devrait conduire à une baisse de 400.000 actifs occupés à l’horizon 2030 sur la Grande Région. Cela pourrait avoir pour effet un accroissement très préoccupant des tensions sur les marchés du travail et une concurrence déloyale dramatique pour la Lorraine.

Christine Bertrand, présidente du MEDEF Meurthe-et-Moselle

Pour autant, Christine Bertrand ne s'inscrit pas dans le ton vindicatif du maire de Metz, Dominique Gros, qui milite pour une rétrocession fiscale du Luxembourg vers les communes frontalières pour le même genre de raisons. La représentante du patronat préfère être dans "l'action constructive, comme des programmes de formation ensemble avec le Luxembourg. Et pourquoi pas faire des friches industrielles des espaces attractifs pour les entreprises du Grand-Duché, qui fait face à la raréfaction du foncier disponible."

Le chantier est d'envergure car, pour l'heure, près d'un employé du Grand Est sur 10 travaille à l'étranger, 8,1% en 2015 selon l'INSEE. Une prochaine réunion est prévue le 20 février au Ministère de l'Économie afin d'avancer sur ce dossier.