Depuis trois mois, une montagne de déchets grossit dans la commune frontalière de Rédange, polluant les environs... Jusqu'au Luxembourg? Coup de gueule du maire et d'une riveraine.

Deux tonnes et demi de déchets interceptées en à peine... 2h! Voilà le triste bilan réalisé par les autorités françaises et luxembourgeoises la semaine dernière, au rond-point Micheville à Audun-le-Tiche. Une opération coup-de-poing à la frontière, qui a révélé l'ampleur du trafic illégal de déchets dans le nord Lorrain.

Cette fois-ci, c'est un camion luxembourgeois chargé de 2 tonnes de gravats, ainsi que le conducteur d'une camionnette avec 500 kg de sacs-poubelles, qui ont été attrapés et verbalisés (lire l'article du Républicain Lorrain). Cette grosse prise réalisée en à peine deux heures laisse imaginer la montagne de déchets qui passe chaque année la frontière, pour finir dans la nature...

UNE POLLUTION JUSQU'AU LUXEMBOURG

Dans la commune frontalière de Rédange par exemple, on se pince le nez: 200 tonnes de déchets pourrissent sur un terrain privé depuis octobre dernier. "Il y a du plastique, des restes de nourriture, des pots de peinture, des chaussures, du tissu, des papiers..." énumère Jessica, membre du collectif citoyen "J'aime ma forêt".

Les riverains craignent une pollution des cours d'eau environnants. Le maire, Daniel Cimarelli, partage cette inquiétude: "La décharge se trouve près des sources d'eau potable de Rédange. Et elle se trouve à 100 mètres de l'étang qui se déverse dans notre rivière, la Beler, qui va ensuite rejoindre l'Alzette."

Oui, la même Alzette qui coule de l'autre côté de la frontière... "On risque donc d'avoir des problèmes avec le Luxembourg" avertit-il.

DES DÉCHETS ONT VOYAGÉ 250 KM

Des documents trouvés dans cette décharge montrent que des déchets viennent d'Anvers, en Belgique. À près de 250 km de Rédange! Et justement, les noms de deux sociétés de transport belges reviennent souvent ces derniers temps: Mondial Services et Jost group.

Dans un communiqué, Jost Group (une société belge qui a son siège au Luxembourg) donne sa version des faits. Elle accuse son client Mondial Services, actif dans le recyclage de déchets industriels et toxiques, d'avoir modifié la destination des déchets (de construction principalement), "d’abord en inversant le lieu de chargement et de destination (Brecht – Gewule), pour rediriger, in fine, les transports vers Thionville, puis Saulnes ou encore Rédange en France".

Reste que ces explications ainsi que les excuses dans la presse laissent certains dubitatifs. "On attend quoi pour obliger Jost Group à venir récupérer ses déchets? L'entreprise a beau avoir fait son mea-culpa, toujours est-il que le 20 décembre, soit 1 mois après Rédange, un camion a été pris en flagrant délit à Hayange... Mêmes sociétés, même déchets : ça ne serait pas nous prendre pour des imbéciles?" s'insurge Jessica.

Le maire nuance: "On a photographié plusieurs camions de la société Jost, mais pas seulement. J'ai un adjoint qui a surpris un matin un camion allemand..." (voir photo ci-dessous) Il soupçonne une organisation quasi-mafieuse: "Les camions peuvent traverser la Belgique, le Luxembourg et la France en toute impunité car ils ne sont pas contrôlés aux frontières. C'est une organisation internationale. Je pense qu'ils travaillent en équipe: une personne vérifie que le site est tranquille, et ensuite on appelle le chauffeur pour qu'il vienne déverser."

Un camion venu déverser des déchets à Rédange, pris en flagrant délit par des membres de la commune. / © Droits réservés

"LES ANIMAUX S'EMPOISONNENT"

"On a porté plainte, comme le propriétaire du terrain. Depuis, nous n'avons pas trop de nouvelles" déplore le maire. Pourquoi la municipalité n'a-t-elle pas nettoyé elle-même les déchets, comme à Hayange? "On a interpellé le sous-préfet, car la commune de Rédange n'a pas les moyens de nettoyer, on a besoin de subventions."

De même, il se refuse à "barricader" les sites sensibles: "On a des hectares de forêt... On ne va pas construire un mur de Berlin!" Par contre, il ne s'oppose pas à l'idée d'une police intercommunale des déchets. "On en parle, par exemple une police communautaire à cheval, car le cheval permet d'être plus réactif et tout-terrain."

Jessica, elle, attend surtout des actions. "La mairie Hayangeoise a ordonné au transporteur de venir récupérer la totalité de ses déchets (chose faite le 9 janvier dernier). Et les autres sites? Rédange? Hussigny? Etc? Bah rien. Les déchets restent là, les animaux sauvages s'empoisonnent en y cherchant de la nourriture et emportent certains emballages que l'on retrouve plus loin dans la forêt..."

Bref, elle souhaiterait "ne pas attendre la fin de l'enquête et que les pouvoirs publics prennent leurs engagements et viennent enlever ces tas de saletés sur tous les sites".

LA RÉACTION DE JOST GROUP

Le mardi 25 février, Jost Group a publié un communiqué de presse sur cette affaire. Le voici en intégralité ci-dessous (cliquez sur l'image):