Fuite des cerveaux, crise sidérurgique interminable, dépendance aux multinationales... Le nord lorrain peine à sortir de son marasme et vit sous perfusion luxembourgeoise.

Un chiffre qui dit tout: 39% des habitants du nord de la Lorraine travaillent... ailleurs qu'en Lorraine. L'Insee s'est en effet penché sur ce qu'on appelle le Pôle métropolitain Frontalier du nord lorrain, un territoire au nord de la métropole messine (300.000 habitants environ), qui n'offre que 59 emplois pour 100 actifs occupés. Les autres actifs s'en vont donc travailler de l'autre côté de la frontière.

Ces actifs "rejoignent presque exclusivement le Luxembourg. Ainsi, les parts de travailleurs frontaliers s’échelonnent entre 30 % dans la communauté de communes de l’Arc Mosellan et 64% dans celle de Cattenom et environs" précise l'Insee.

UNE INTERMINABLE CRISE SIDÉRURGIQUE

Contrairement à son voisin luxembourgeois qui affiche une insolente santé économique, ce territoire nord lorrain s'enfonce dans un marasme durable.

"La faiblesse de l’offre d’emploi sur le territoire est historiquement liée au déclin de la métallurgie et dans son sillage de toute l’industrie." Majoritaire en 1975, l’emploi industriel ne représente plus que 18 % de l’emploi du territoire en 2016. Sa baisse est continue depuis quarante ans.

Niveau population, "une lente reprise démographique s’amorce à partir des années 2000, avec un rythme annuel moyen de + 0,5 %". Mais là encore, pas de miracle: "c’est la conséquence indirecte de la croissance économique luxembourgeoise recourant massivement à une main-d’œuvre transfrontalière."

LA FUITE DES CERVEAUX

Le quartier du Kirchberg symbolise cette concentration d'emplois hautement qualifiés. / © Fotolia

Dans le nord lorrain, l'emploi dit "présentiel" (qui produit des biens et services destinés à la population locale) reste "limité et peu dynamique" comparé aux besoins de la population. Bref, les résidents de ce secteur ne travaillent pas assez pour leur territoire.

Et la proximité du Luxembourg a certainement "un effet amplificateur sur les évolutions d’emploi de secteurs très en difficulté, notamment dans le commerce, les transports et la construction spécialisée."

Une faiblesse encore plus marquée dans les "fonctions intellectuelles supérieures". Le territoire nord lorrain compte en effet trois fois plus de travailleurs hautement qualifiés qu'il n'en a besoin. La raison est évidente: ces travailleurs vivent en Lorraine mais travaillent majoritairement chez le voisin.  Une vraie fuite des cerveaux:  "La forte spécialisation luxembourgeoise dans ce domaine et les rémunérations supérieures proposées pèsent sur le développement des activités juridiques et comptables, de consulting, de la finance, et de l’immobilier dans le nord lorrain".

LA DÉPENDANCE AUX MULTINATIONALES

L'économie locale est aussi fortement dépendante de grandes entreprises et des multinationales. Les dix plus grands établissements du secteur marchand emploient à eux seuls 18% de l'emploi salarié du territoire. Un "facteur de fragilité pour le territoire" donc, car cela accroît la dépendance à ces grosses sociétés, dont voici quelques exemples:

  • La production et distribution d’électricité à Cattenom, la métallurgie (Arcelor-Mittal) et l’industrie automobile (Thyssenkrupp) à Florange.
  • De grands établissements de la sphère productives ont également présents à Hayange (métallurgie) et Basse-Ham (fabrication de machines).
  • À Thionville, les plus grands établissements appartiennent au contraire à la sphère présentielle : commerce de détail, transport et santé.
  • À l’ouest du territoire, Villers-la-Montagne est tournée vers la métallurgie,
  • Les villes frontalières de Mont-Saint-Martin et Longlaville accueillent de grands établissements de la sphère présentielle : santé, action sociale et commerce de détail. 

© JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

DES BONNES NOUVELLES?

Ouf! Tout n'est pas négatif dans ce rapport de l'INSEE. On apprend ainsi que quelques secteurs se portent plutôt bien.
"Les grands secteurs de spécialisation de la production et distribution d’électricité et de l’industrie
automobile sont bien orientés, avec des croissances annuelles moyennes de l’emploi salarié (+ 3,5 % et + 1,7 %) très supérieures à celles observées en France de province".

"Les activités d’architecture et d’ingénierie allient également dynamisme et performance, tout comme la réparation de machines et d’équipement". La restauration (+1.3% par an) est également un secteur encourageant. Mais ces secteurs ne sont pas suffisants pour enrayer la spirale infernale de la dépendance au voisin luxembourgeois!