Depuis que l'UE a décidé de "réduire à zéro les émissions de CO2 des voitures neuves en Europe à partir de 2035", beaucoup questionnent la réelle incidence des voitures électriques sur l'environnement.

La plateforme de fact checking Faky de la RTBF a tenté de répondre à une question que de nombreux automobilistes se posent: Qui pollue le plus? La voiture électrique ou la voiture à moteur thermique?

En effet, ce débat fait rage sur les réseaux sociaux où beaucoup d'internautes décrient la nuisance des voitures électriques sur l’environnement. D'après eux, ces dernières auraient un impact plus nocif que les voitures thermiques.

Produire des voitures électriques est certes plus polluant mais durant leur durée de vie en Europe, leur impact écologique sera moins important que celui d'une voiture avec un moteur à combustion.

--> Vous avez la parole: Votre avis sur la fin du moteur thermique, "La voiture électrique: une fausse bonne idée"

TENIR COMPTE DU "CYCLE DE VIE" D'UNE VOITURE

Tout d’abord, la plateforme Faky nous rappelle qu’il faut tenir compte de la totalité du "cycle de vie" d’une voiture.

Pour cela, il faut comparer deux véhicules faisant le même poids et les mêmes dimensions. Pour un calcul correct, Francesco Contino, ingénieur en électromécanique et professeur à l’UCLouvain leur a expliqué qu’il est nécessaire de prendre en considération l’ensemble du cycle de vie du véhicule. Ce cycle comprend sa production, son utilisation et son recyclage ou démantèlement.

Les voitures électriques impliquent la création d’une batterie puisque c’est cette dernière qui leur procurera leur énergie.  M. Contino explique à la RTBF que "cette batterie a besoin d’une grande quantité d’énergie pour être produite. Elle est par ailleurs souvent produite en Chine qui utilise principalement du charbon pour produire son électricité. Au final, ce processus de fabrication de la batterie est actuellement très énergivore et peu écologique".

En cause, le poids de ces batteries: "Pour faire une batterie, on déplace non seulement l’énergie qu’on stocke, mais aussi de l’usine pour la stocker. C’est une usine à conversion électrochimique. Et donc, quand vous déplacez votre usine avec vous, ça pèse relativement lourd. Quand on stocke une unité d’énergie dans une batterie, on transporte tout un tas d’autres choses avec cette énergie. Cela pèse très lourd par rapport à un réservoir de carburant. On fait facilement fois dix, voire fois vingt en termes de poids".

L’universitaire continue en insistant sur l’impact des matériaux nécessaires à la fabrication des batteries: "On doit aller extraire ces matériaux dans des mines, on doit les raffiner, on doit les mettre en forme, on doit les packager… Et donc tout ça coûte énormément d’énergie et de par le fait même qu’on utilise de l’énergie qui vient du fossile, cela émet également beaucoup de CO2. On estime que, dans une voiture électrique, la moitié des émissions de CO2 lors de sa fabrication sont liées à la batterie".

Des matériaux tels que le cobalt ou le nickel sont utilisés pour fabriquer ces batteries lithium ion. Or, leur exploitation pose aussi question au niveau éthique et environnemental.

Ainsi, de manière générale, produire une voiture électrique produit plus de CO2 qu’une voiture à combustion. L’agence Reuters notamment a fait le calcul et ce sont 8,1 millions de grammes de CO2 qui sont requis pour la production d’un véhicule électrique, contre 5,5 millions de grammes pour un véhicule thermique. Il s’agit donc d’une différence de 47%.

AU COURS DE LEUR UTILISATION, LES VOITURES ÉLECTRIQUES SONT MOINS NOCIVES

Plus polluante lors de sa fabrication, c'est durant sa durée de vie que la voiture électrique améliore son bilan face à sa cousine thermique.

Il est vrai que lorsqu’on conduit un véhicule électrique, il n’émet pas de CO2, mais il nécessite qu’on le recharge. Qu’en est-il du bilan carbone de l’électricité utilisée à cet effet?

La plateforme Faky nous rappelle que l’électricité utilisée pour recharger les véhicules peut être produite à partir d’énergies renouvelables tout comme à partir de centrales à charbon. Cela dépend du pays où les voitures sont rechargées.

Transport & Environment (la Fédération européenne pour le transport et l’environnement) estime que "dans le pire des cas, une voiture électrique équipée d’une batterie produite en Chine et conduite en Pologne émet 37% de CO2 de moins qu’un véhicule qui roule à l’essence. Et dans le meilleur des cas, une voiture électrique équipée d’une batterie produite en Suède et conduite dans ce pays peut émettre 83% de moins que l’essence".

Ainsi, en utilisant une voiture électrique en Europe, vous allez graduellement compenser le trop-plein de CO2 émis lors de sa production. Or, la durée requise pour cette compensation dépend des modalités d’utilisation.

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L'IMPACT ENVIRONNEMENTAL DES PARTICULES FINES

La combustion engendre la propagation de particules telles que les oxydes d’azote qui se propagent dans l’air, ce qui fait que de ce point de vue la voiture électrique pollue moins que la thermique.

Or, Francesco Contino ajoute "Les polluants et en particulier les particules viennent aussi des freins et des pneus qui émettent des microparticules lorsqu’ils sont utilisés". Le poids des voitures joue énormément sur cette pollution, "le problème, c’est que la tendance actuelle est aux véhicules SUV. Et un gros SUV électrique, finalement, ça pèse très lourd. Et on a des problèmes alors puisque finalement on émet quand même pas mal de particules lors du freinage. Même si les freins sont moins sollicités qu’avec les voitures à combustion car les véhicules électriques utilisent des systèmes de régénération pour récupérer l’énergie à la décélération avec les moteurs électriques."

En revanche, le professeur explique "c’est clair qu’en comparaison directe pour la même masse, une voiture électrique va polluer beaucoup, beaucoup moins qu’une voiture thermique".

Les véhicules électriques produisent moins de nuisances sonores que les voitures thermiques, puisqu’elles sont quasiment silencieuses. Parfait donc pour lutter contre la pollution sonore à laquelle les villes font face de manière régulière.

RECYCLER LA BATTERIE POUR LIMITER LES IMPACTS NÉFASTES

Lorsque la durée de vie des voitures touche à sa fin, elles sont démantelées. Cette étape se passe à peu près de la même manière pour les deux types de véhicules en question. Certains éléments pourront être réutilisés et recyclés par des professionnels.

Néanmoins, même si la batterie des voitures électriques devrait survivre sur toute la durée de vie de l’engin, certains de leurs matériaux sont rares et doivent absolument être recyclés afin d’éviter les conséquences néfastes liées à leur extraction.

Les batteries Li-ion sont en partie recyclables jusqu’à 90%. Cependant, ce sont moins de 5% de ces batteries qui sont réellement recyclées, d’après Carbone 4, un cabinet de conseil français sur l’énergie et le climat. En effet, les filières de recyclage en sont encore à leurs débuts étant donné que les voitures électriques constituent un phénomène assez récent.

QUELLES SONT LES SOLUTIONS?

Les voitures électriques ne sont donc pas sans conséquences pour l’environnement. Mais qu’en est-il de la voiture hybride?

L’intérêt des voitures hybrides est lié à leurs conditions d’utilisation. À ce sujet, M. Contino a expliqué à la RTBF: "une voiture hybride peut être pertinente pour quelqu’un qui fait de longs trajets et qui aura plutôt tendance à utiliser un moteur thermique pour ces longues routes et quand il arrive dans une ville, le véhicule passe en mode hybride. C’est tout à fait pertinent tant que cela reste une voiture qui est relativement décente en masse".

Les scientifiques s’accordent de manière générale sur le fait que les voitures électriques sont moins nocives envers l’environnement que les thermiques. Par ailleurs, des recherches sont actuellement menées pour amoindrir encore leur impact. Les chercheurs travaillent surtout sur la fabrication des batteries qui engendre de fortes émissions de CO2. Un autre point clé dans la réduction de l’impact écologique sont les moyens dont les différents États se fournissent en électricité. En effet, plus ils auront recours à des ressources avec un bilan carbone neutre, plus les voitures électriques seront utiles. De plus, l’amélioration des moyens de recyclage des différents composants de batteries est également primordiale.

À ce jour, les véhicules électriques ont un impact nocif sur l’environnement mais si on compare deux voitures semblables roulant en Europe et ayant une durée de vie normale, leur impact sera moins important que celui des véhicules à moteur thermique. Ainsi, des progrès doivent encore être réalisés afin d’augmenter cette différence et d’amoindrir les conséquences sur l’environnement.