Votre bébé se réveille toutes les heures? Vos beaux-parents s'en mêlent? Votre conjoint(e) désapprouve vos méthodes? Nous avons demandé à une spécialiste du sommeil des enfants (oui, ça existe!) de révéler quelques trucs et astuces pour aider votre bébé à faire ses nuits.

Si vous faites partie de ces parents dont le bébé fait ses nuits depuis les premiers jours, s'il vous plaît: allez (respectueusement) vous faire cuire un oeuf ailleurs.

Ici, on parle aux parents qui vivent sous perfusion de café, à ceux qui ont des acouphènes provoqués par les hurlements nocturnes, et à ceux qui, à force de bercer leurs rejeton avec l'énergie du désespoir, ont chopé le biceps de Rafael Nadal.

Ces parents ont en commun d'avoir un enfant qui ne fait pas ses nuits. Et c'est une épreuve à ne pas prendre à la légère, car à la fatigue qui s'accumule s'ajoute souvent un sentiment d'impuissance, voire de culpabilité. Pourquoi cela nous arrive-t-il? Qu'avons-nous fait de mal? Est-ce notre enfant qui est incapable de bien dormir?

Mais ce serait une erreur de considérer cela comme une fatalité. "Sauf souci de santé important, mais c’est très rare, tous les enfants peuvent faire leurs nuits" assure la Française Marianne Bertrel. Cette professionnelle de la petite enfance propose notamment des consultations à distance au sujet du sommeil des enfants. Elle a accepté de nous révéler quelques astuces de base.

ÇA VEUT DIRE QUOI, FAIRE SES NUITS?

"Évidemment, chaque enfant est différent. Mais généralement, on dit qu'un bébé fait ses nuits quand il arrive à dormir 6 ou 7h d’affilées sans avoir besoin de manger. Personnellement, j'ai une autre définition, pour moi c’est dormir en fonction de ses besoins. Un enfant de 6 mois a besoin de 11 ou 12h de sommeil minimum, durant lesquelles il pourra avoir des courtes phases de réveil, de moins de 20 minutes, par exemple pour la tétée ou le biberon" explique-t-elle.

"Ce qui est certain, c’est que la mélatonine (l'hormone du sommeil) est secrétée à partir de 18-19h jusqu’à 4h du matin, et ça redescend jusqu’à un niveau minime vers 8h. Donc respecter ce cycle-là va aider au sommeil."

COMMENT INTERPRÉTER LES PLEURS DURANT LA NUIT?

"Il y a a toujours une raison, évidemment. Est-ce qu’il pleure parce qu’il est malade, poussée dentaire, etc? Est-ce qu’il pleure parce qu’il est fatigué, et dans ce cas-là on appelle ça des pleurs de décharge, et il est important d’accueillir ces pleurs, d'être présent à ses côtés..."

"Et puis il y a des fois des terreurs nocturnes qui sont des cris souvent en début de nuit, qui sont le signe d’une dette de sommeil avancée, d’une grosse fatigue accumulée."

"Il y a aussi les petits pleurs parfois dans le sommeil paradoxale, qui est un sommeil très profond. Donc il faut vérifier si l’enfant dors ou s’il est éveillé, car si on intervient au moment où le bébé dort profondément, on casse son sommeil. Il ne va pas comprendre pourquoi on intervient, et même s’il vivait un moment pas très agréable, ce serait probablement passé si on n’était pas intervenu. Et si on répète ces interventions trop précoces, on risque de créer un conditionnement de réveil."

DORMIR AVEC SON BÉBÉ, EST-CE UNE BONNE IDÉE?

"L’OMS recommande le cododo jusqu’à 6 mois. Mais il n'y a pas de règle absolue. Il faut adapter en fonction de son enfant, car certains enfants ont un tempérament à ne jamais apprécier le cododo, dès qu’ils voient un adulte, ils vont être tentés de s’éveiller. Et d’autres enfants vont beaucoup mieux dormir en cododo au-delà de leurs 6 mois."

"Mais en règle générale, les enfants sont plutôt capables de dormir dans leur chambre, ce qui veut dire que l’environnement compte. C’est aussi le cocon que l’on va créer dans cette pièce, en évitant les distractions bruyantes ou mobiles, qui va jouer sur la qualité du sommeil."

FAUT-IL "GAVER" SON ENFANT AVANT LE COUCHER?

"Les bébés ont besoin d’être nourri sur 24h, donc la nuit aussi, du moins jusqu’à 6kg. Mais ca ne veut pas dire que les tétées ou les biberons de nuit vont s’arrêter aussitôt qu’on atteint ce poids, il y a évidemment d’autres critères. Le début de la diversification alimentaire aide beaucoup pour augmenter les calories obtenues durant la journée, et réduire petit à petit les quantités de lait prises durant la nuit."

"Mais il ne faut pas pour autant mettre des céréales dans le biberon ou augmenter la quantité de lait au coucher, car cela rend difficile la digestion. C’est plutôt au petit déjeuner, au déjeuner et au goûter qu’il faudrait augmenter un peu les quantités."

QUE DITES-VOUS AUX PARENTS QUI SE SENTENT COUPABLES?

"En fait, chaque enfant et chaque parent ont leur histoire, ils ont pu connaître des difficultés dans leur passé, lors de l’accouchement, lors des premiers mois... Moi-même, j’ai trois enfants, et trois histoires complètement différentes de sommeil."

"Pour tout vous dire, je pensais que j’avais tout compris pour le sommeil avec le premier enfant... et puis mon deuxième enfant m’a ouvert les yeux! (rires), ce qui m’a amené à ma formation d’accompagnante parentale spécialisée en sommeil. Bref, il faut déculpabiliser les parents, ce n’est pas de leur faute!"