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Tennis: quand le fléau des matches truqués frappe Bressuire...

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Un joueur de tennis à l'Open d'Australie, à Melbourne, le 14 janvier 2019
© AFP/Archives

"C'est un vrai fléau" auquel la France n'échappe pas: à des milliers de kilomètres de Melbourne et des stars de l'Open d'Australie, le mal qui ronge le tennis d'en bas - les paris truqués - a frappé la ville de Bressuire dans les Deux-Sèvres, où deux joueurs qui devaient participer au tournoi "Futures" ont été interpellés.

Selon une source proche de l'enquête, tous deux, ainsi que deux autres joueurs interpellés ailleurs en France mardi, ont été remis en liberté mercredi après-midi à l'issue de leur garde à vue.

"C'est sûr que là on parle un peu plus de Bressuire", lâche, dépité, l'un des bénévoles du club de tennis de cette ville de près de 20.000 habitants.

Les deux joueurs interpellés-là mardi matin, deux Français de 21 et 25 ans, ont été arrêtés dans le cadre d'une enquête instruite en Belgique.

Ils devaient disputer le double à Bressuire, et sont soupçonnés d'avoir perçu "de l'argent en échange de la perte d'un set" sur certains tournois entre 2015 et 2018, selon L'Equipe. Une affaire qui illustre le problème qui gangrène le tennis d'en bas depuis plusieurs années.

Malgré les mécanismes mis en place par les instances internationales, rien n'y fait. Une agence dédiée à la lutte contre les matches truqués, la Tennis Integrity Unit, a été mise en place au niveau mondial, ainsi qu'un panel indépendant (IRP) pour étudier le problème. Mais le constat publié par cette instance dans son dernier rapport fin 2018 est édifiant, évoquant "un tsunami de matches truqués".

- "Pas baisser les bras" -

"Il ne faut pas baisser les bras, et continuer à agir contre ce problème dont on sait qu'il ne pourra pas être réglé par un pays seul", explique à l'AFP le directeur général de la FFT Jean-François Vilotte. "Le fait qu'il y ait des interpellations démontre que nos systèmes d'alerte fonctionnent. Mais ce n'est jamais une bonne nouvelle d'apprendre que deux Français ont été interpellés".

A Bressuire, aux bords des courts, l'affaire était sur toutes les lèvres.

"Nous, en tant que directeurs de tournoi, on n'est pas à l'aise avec ça. Ca fait maintenant deux, trois ans que cela nous préoccupe. C'est vrai que c'est un fléau", reconnaît Pierre-Jean Drouillard, président du Tennis Club de Bressuire et co-directeur de ce tournoi "Futures", dernière division mondiale de ce sport, à la frontière entre pros et amateurs.

Dans ces tournois, gérés par des bénévoles et où les gains avoisinent les 1.500 euros pour le vainqueur, gravitent de jeunes espoirs, et d'anciens joueurs qui n'ont jamais percé au plus haut niveau mondial. Le niveau moyen se situe entre la 250e et 500e place mondiale, proche de celui des qualifications pour un Grand Chelem.

Des inconnus, des soutiers du tennis, qui galèrent pour boucler leurs fins de mois. "A ce niveau, s'ils ne sont pas aidés, ces joueurs perdent de l'argent chaque année", explique un des dirigeants du club. Ce qui les rend plus vulnérables aux propositions de réseaux mafieux.

- "On en a viré 7 depuis lundi" -

"Beaucoup de joueurs nous racontent qu'ils connaissent d'autres joueurs qui ont été approchés pour perdre un set contre de l'argent, mais ils ont du mal à en parler", raconte Pierre-Jean Drouillard. Pour l'instant, à Bressuire, jamais un joueur n'est venu en parler. "Ils ont certainement peur".

La Fédération française de tennis (FFT) tente de juguler ce problème. "Ca nous préoccupe et on s'en occupe", assure Alain Moreau, vice-président de la FFT en charge notamment des tournois internationaux en France, et ancien président du club de Bressuire.

"On met en place des règlements intérieurs limitant l'usage du portable sur les courts, on a instauré les badges pour ces tournois, avec des espaces réservés aux joueurs pour ne pas qu'ils puissent être approchés ou harcelés", détaille-t-il. Mais le mal est profond.

Dans la plupart de ces tournois, de plus en plus de ce qu'on appelle des "court-siders" pullulent sur les gradins. Pas forcément très discrets, souvent étrangers, "souvent venant des pays de l'Est", assure un des dirigeants du club, ils profitent d'une réglementation surréaliste et de failles informatiques pour transmettre en direct des infos à l'étranger pour des parieurs intéressés par des matches en France. Car depuis la France, il est interdit de parier sur ces tournois. Et quand on connaît le score final d'un match avant même que la fédération n'ait pu faire enregistrer le score officiellement, il est plus simple de gagner...

"Ils sont sur leur portable tout le temps et envoient des infos. Depuis le début de la semaine on en a repéré et on en a viré sept, mais bon, ils reviennent, on ne peut pas leur interdire", explique le vice-président de la FFT.

Ces arrestations ont eu lieu dans le cadre "d'une enquête internationale lancée depuis la Belgique", a expliqué à l'AFP Eric Van Duyse, porte-parole du parquet fédéral belge.

Elle "vise une bande internationale, qui agit dans de nombreux pays européens, dont la France et les Etats-Unis", a-t-il ajouté.