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Afrique du Sud: la famille Mandela déchirée par l'héritage ANC

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Une femme montre un portrait de Nelson Mandela tandis que des militants déçus de l'ANC manifestent pour demander la démission du président Jacob Zuma, le 5 septembre 2016 à Johannesburg
© AFP/Archives

Le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela a-t-il perdu son âme ? A deux ans des prochaines élections générales en Afrique du Sud, la question divise la classe politique et déchire désormais la famille même de l'icône de la lutte anti-apartheid.

Au pouvoir depuis les premières élections libres de l'histoire du pays en 1994, l'ANC a subi l'an dernier un revers cinglant lors des élections locales en perdant le contrôle de villes emblématiques comme Johannesburg et la capitale Pretoria.

Sous la menace d'une défaite historique en 2019, le parti semble aujourd'hui plus divisé que jamais.

Une lutte à couteaux tirés y oppose un clan légitimiste, regroupé autour de l'actuel président Jacob Zuma, et un groupe de frondeurs qui accuse le chef de l'Etat, englué dans les scandales de corruption, de précipiter son déclin.

L'aînée des petits enfants de "Madiba", Ndileka Mandela, vient de se ranger publiquement dans le camp des contestataires.

Ndileka Mandela, aînée des petits-enfants de Nelson Mandela, ici à son arrivée aux funérailles de son grand-père, le 15 décembre 2013, vient de se ranger dans le camp des contestataires qui accusent le président Jacob Zuma de précipiter le déclin du Congrès national africain par des scandales de corruption à répétition. © GCIS/AFP/Archives

"Je n'en peux plus", a-t-elle récemment confié au site d'information News 24. "Les scandales se suivent les uns après les autres et personne ne rend le moindre compte".

A la tête d'une fondation d'aide aux communautés défavorisée, l'infirmière s'est dite choquée par la récente controverse qui a failli causer la suspension du paiement des aides sociales de 17 millions de pauvres ou l'affaire de la mort d'une centaine de malades psychiatriques victimes de négligence.

"C'est vraiment très douloureux, c'est comme si on arrachait mon coeur de mon âme", a reconnu Ndileka Mandela.

- Abandonner l'ANC -

"Mais ma décision est prise", a-t-elle tranché, "je ne voterai plus pour quelque chose qui ne me parle plus et qui ne s'inspire plus de ce pour quoi Grand-père et ses camarades ont combattu".

Ces propos ont jeté le trouble dans les rangs de l'ANC et décidé un de ses frères à lui répondre dans une lettre ouverte.

"S'il te plaît, ne jette pas le bébé avec l'eau du bain", l'a enjoint le député Mandla Mandela. "Il est de notre obligation de corriger ce qui ne nous satisfait pas à l'ANC", a-t-il ajouté, "abandonner l'ANC ne sert pas le peuple sud-africain".

"J'espère qu'on ne se souviendra pas de toi (...) pour nous avoir tourné le dos lorsque la maison était en feu mais pour (...) avoir participé au rajeunissement et à la modernisation de notre maison l'ANC", a insisté Mandla Mandela.

Des manifestants demandent la démission du président sud-africain Jacob Zuma, le 16 décembre 2015 à Johannesburg après le limogeage du ministre des Finances© AFP/Archives

Près d'un quart de siècle après la chute de l'apartheid, la grogne monte au sein de la majorité noire en Afrique du Sud, qui connaît un taux de chômage record (27%).

De plus en plus contesté, même dans les rangs de son parti, Jacob Zuma doit quitter ses fonctions à la tête du pays en 2019 au terme de deux mandats. Son successeur à la tête de l'ANC sera désigné dès le mois de décembre prochain.

Avant sa petite-fille, d'autres proches de feu Nelson Mandela ont dénoncé l'évolution prise par l'ANC depuis sa retraite en 1999.

"Je n'ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d'autres qui pensent qu'ils en sont eux aussi", avait dénoncé en 2013 l'exubérant archevêque anglican Desmond Tutu.