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Brexit: à Redcar, les politiques jugés sévèrement après le rejet de l'accord

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Un panneau appelant à voter pour le Brexit sur la façade d'une maison, le 27 juin 2019 à Redcar, dans le nord-est de l'Angleterre
© AFP/Archives

"Qu'ils prennent une décision!" s'exclame Kathy. "On en a marre de tout ça" : à Redcar, petite ville du nord-est de l'Angleterre désindustrialisée qui a voté massivement pour la sortie de l'UE, les habitants sont las des joutes politiques autour du Brexit.

Au lendemain du rejet écrasant mardi soir par le Parlement de l'accord de retrait de l'Union européenne défendu par la Première ministre conservatrice Theresa May, le verdict est sévère dans le centre-ville noyé sous la pluie, contre une classe politique incapable de se mettre d'accord sur le type de relations qu'elle souhaite avec l'UE.

"Ils se comportent comme des gamins" lâche Mark Blakey. "Il y a plein de luttes politiques et plein de gens qui essaient de décrocher le poste de chef en pensant surtout à eux-mêmes, et pas à ce que ça puisse marcher pour le pays", estime ce gaillard en cravate, interrogé par l'AFP.

Redcar, 36.000 habitants, avait voté en faveur du Brexit à plus de 66% lors du référendum de juin 2016. Station balnéaire prospère jusque dans les années 1960, la ville a vu décliner le commerce de la pêche après l'entrée du Royaume-Uni dans l'UE. Et en 2015, ses aciéries ont été mises à l'arrêt par leurs propriétaires thaïlandais, laissant une ville traumatisée et nombre d'habitants déçus par l'UE, qu'ils rendent responsable du déclin local.

Un panneau appelant à voter pour le Brexit, le 27 juin 2019 à Redcar, dans le nord-est de l'Angleterre© AFP/Archives

Située sur l'estuaire du Tees, le fleuve qui se jette dans la mer du Nord, Redcar a pourtant fière allure sur les photos d'archives, avec son beffroi, sa promenade de bord de mer, sa jetée et ses petits bateaux de pêche. Désormais, sa rue principale est sans charme, à l'instar de nombreuses ville anglaises du nord-est déshérité: quelques cafés, des boutiques de paris, des pubs diffusant des matchs de foot et des magasins d'objets d'occasion tenus par des associations caritatives.

- Retour "à la normale" -

Dans ce bastion traditionnel des travaillistes, le jugement sur les politiques ne les épargne pas. Le chef du Labour "Jeremy Corbyn joue la politique de parti, comme tous les autres (...) Ils doivent nous trouver une solution, ils doivent sortir (de l'UE ndlr) mais trop de gens font de la politique partisane", déplore Kevin Steveson en se protégeant de la pluie avec sa capuche. "Theresa May ne fait pas un mauvais boulot, j'espère qu'elle va remporter la vote de confiance, je n'ai pas confiance en Jeremy Corbyn", ajoute-t-il.

La cheffe du gouvernement affronte mercredi soir un vote de défiance au Parlement à l'initiative du Labour mais devrait pouvoir en réchapper : les députés de son parti, y compris les rebelles europhobes, serrent les rangs derrière elle, de même que son petit partenaire de coalition le parti unioniste nord-irlandais DUP.

Pour Ivan Crane, un fermier de la région, "les députés de différents coins ne respectent pas ce pour quoi les gens ont voté". S'il a lui-même voté pour rester dans l'UE, il rejette l'idée d'un second référendum susceptible de renverser la décision du Brexit. "Advienne que pourra, essayons et voyons ce que ça donne!", souligne-t-il, tout en exprimant ses craintes sur un renchérissement des prix des importations de blé.

Kathy résume le sentiment largement partagé envers les politiques: "Ils devraient prendre une décision, s'y tenir, la mettre en oeuvre et laisser le monde revenir à la normale!"