Politique

Nouveau gouvernement: que prévoit le Luxembourg pour ses frontaliers ?

Luxembourg
© Thomas Toussaint/ Archives RTL

Le nouveau gouvernement luxembourgeois, dont l'accord de coalition a été validé par les trois partis de la majorité, vient de prendre ses fonctions. Quelle est la place accordée aux frontaliers dans leurs mesures ?

Une chose est sûre, le Luxembourg atteindra le cap des 200.000 frontaliers salariés durant la prochaine législature. Difficile donc pour la coalition bleu-rouge-vert de ne pas leur accorder une certaine place dans l'accord qui vient d'être signé.

Travail, économie, mobilité... Nous avons parcouru le document et vous résumons les principales mesures que le gouvernement prévoit d'accomplir pour les frontaliers. 

TRAVAIL
Pour favoriser le recours au télétravail, le Luxembourg annonce son intention d'ouvrir des négociations avec l'Allemagne et la France sur le même modèle que celles menées en ce moment avec la Belgique. Les frontaliers belges pourraient, si les négociations sont validées, obtenir jusqu'à 69 jours de télétravail par an. Soit plus du quart d'une année de travail. 
>> Le Luxembourg a toutes les raisons de vouloir augmenter le nombre de jours de télétravail possibles des frontaliers français (29 jours) et allemands (19 jours). Ce sont les gouvernements voisins qu'il faut convaincre. Ça ne devrait pas être compliqué avec la Belgique puisque la discussion a été lancée à son initiative. 

La Belgique et le Luxembourg sont entrés en négociation pour augmenter le nombre de jours de télétravail possibles pour les frontaliers. © Glenn Carstens-Peters / Unsplash / Domaine public
Cela ne concerne pas que les frontaliers: la coalition veut établir "le principe de la déconnexion", grâce à des conventions collectives ou des accords interprofessionnels. Le principe tiendra compte des spécificités des secteurs et entreprises concernées. 

Le nouveau gouvernement va miser davantage sur les espaces de co-travail (aussi appelés co-working) "sur les axes principaux situés près des frontières". Un point notamment abordé par le DP et le LSAP dans leur programme respectif. Si une structure doit par exemple voir le jour à Belval, les lieux prioritaires sont le long des autoroutes A1, A3 et A6 ainsi que sur la N31 à Rodange.
>> C'est une mesure également étudiée côté français, ou au moins une structure est en construction près de Thionville.

Toutes les personnes imposées au Luxembourg basculeront, à terme, sous un barème d'impôt unique. Ce qui marquera la fin de l'imposition par classe, comme c'est le cas aujourd'hui. "L’introduction d’un barème d’impôt unique nouveau évitera à terme les changements de classe d’impôts auxquels se trouve actuellement confrontée une personne en fonction des évolutions de sa situation familiale." Des "phases de transition" et des "mesures compensatoires" seront prévues.

SOCIÉTÉ
Le gouvernement français vient d'annoncer la fermeture de plusieurs réacteurs nucléaires vieillissants. Ceux de Cattenom seront très certainement préservés. De son côté, le Luxembourg renouvelle son souhait de voir fermer la centrale mosellane, mais aussi celles de Tihange et Doel, qui représentent "une menace importante pour la sécurité nationale".
>> Si le Grand-Duché prévoit de mettre à disposition des moyens juridiques pour y parvenir, tout reste cantonné à des décisions de la France et de la Belgique. En complément d'une fermeture de Cattenom, le pays accepterait de participer au développement d'un projet d'énergies renouvelables. On peut tout de même s'étonner que le gouvernement se concentre sur Cattenom (10 km de la frontière), Tihange (70 km) et Doel (180 km), certes plus âgées, sans mentionner les deux réacteurs de Chooz, reliés au réseau il y a vingt ans et situés à 70 km du pays.

La fermeture de la centrale nucléaire de Cattenom reste un objectif du Luxembourg. © Archives RTL
Sans donner de détails, la coalition annonce vouloir étendre "les instruments légaux et techniques" pour renforcer la coopération policière entre le Luxembourg et ses voisins, Benelux inclus. Dans le même ordre d'idées, les moyens de l'Administration des douanes et accises seront maintenus, tout comme la coopération avec les services douaniers voisins.

La concertation avec les entités économiques voisines sera elle aussi renforcée. Le Luxembourg prendra part, comme il le fait depuis longtemps, au développement de la Grande Région et notamment du projet "Interreg", afin d'"élaborer un schéma de développement territorial à l'échelle de la Grande Région".

Déjà acquis entre le Luxembourg et la région française du Grand Est, des accord bilatéraux seront étudiés et si possible validés avec l'Allemagne et la Belgique "concernant le transport frontalier des malades en ambulance".

ENVIRONNEMENT & TERRITOIRE
Pour prévenir et diminuer le risque d'inondations, les "projets de renaturation de cours d'eau seront soutenus". Un sujet naturellement transfrontalier qui intéressera certainement les trois pays voisins.

La gestion du parc naturel germano-luxembourgeois, qui s'étend de Rosport jusqu'à la frontière nord, sera évaluée avec le land allemand voisin. Les deux pays s'étaient accordés en 1964 pour créer le premier parc naturel transfrontalier européen et préserver ses "paysages d'une beauté exceptionnelle et d'une certaine particularité".

© Portail de l'aménagement du territoire
Plus généralement, le gouvernement entend poursuivre ses efforts pour décentraliser le pays. Cela passera par le développement de la Nordstad, qui accueillera des zones prioritaires d'habitation ainsi que des services et administrations publics.

Dans le même registre, la coalition veut continuer à développer de manière transfrontalière les zones et friches industrielles.

MOBILITÉ
Le ministère de la Mobilité, attribué à déi gréng, sera chargé de créer un observatoire de la mobilité afin de planifier au mieux les évolutions des besoins de mobilité dans "le contexte particulièrement dynamique du Grand-Duché". Sa mission nécessitera de recueillir de nombreuses informations, soit auprès d'entreprises publiques et privées, soit en consultant directement les navetteurs, via des "enquêtes ménages régulières". Plus globalement, les investissements seront "augmentés de manière considérable".

Pour encourager le recours aux transports en commun et limiter la congestion des routes, la coalition annonce son intention d'augmenter le nombre de places dans les P+R d'ici 2020 et de les doubler "à long terme".
>> Le maître-mot de déi gréng n'a pas changé: c'est la multimodalité. 

Le Luxembourg entend promouvoir son application de covoiturage Copilote (que nous avons testée) en collaborant avec certaines entreprises et en créant des "priorités" aux usagers de bonne volonté, "en particulier sur les autoroutes".
>> Le ministère du Développement durable et des Infrastructures nous avait confirmé cet été étudier la possibilité d'ouvrir la bande d'arrêt d'urgence au covoiturage sur l'ensemble du réseau routier.

Encore en chantier, la gare sera dotée de deux nouveaux quais. © Archives RTL
Toujours considérés comme prioritaires, certains projets d'infrastructures "sont à accélérer". Il s'agit notamment de l'élargissement des voies ferroviaires Luxembourg-Bettembourg, de la gare centrale ou encore du point d'échange multimodal d'Ettelbruck. D'autres sont toujours estampillés comme prioritaires, notamment les projets autoroutiers (A3, liaison Micheville, échangeurs et croix...) ou routier ainsi que le tracé du tram. 

Le Grand-Duché prévoit d'augmenter le prix au litre des carburants. La hausse ne sera pas effectuée au 1er janvier 2019 et aucun tarif n'a encore été établi. "Nous n'avons pas encore de chiffre précis mais il pourrait s'agir d'une hausse de un, deux voire trois centimes [par litre, ndlr] au maximum" a expliqué le ministre de l'Énergie Claude Turmes. 

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