Mort de Naomi Musenga

Accusée à tort, une opératrice du Samu a dû déménager

France
© Photo de Naomi Musenga rendue publique par l'avocat de sa famille

Trois opératrices du Samu ont été désignées, à tort, comme responsables du calvaire de Naomi Musenga.

Dans son édition de mardi, Le Monde raconte comment trois femmes, toutes opératrices du Samu, ont été désignées à tort comme celles qui ont traité l'appel de Naomi Musenga juste avant son décès.

Le journal indique que des informations très sensibles ont été diffusées sur les réseaux sociaux. Insultes et incitations à la haine n'ont pas tardé à suivre. La première, Céline F., a vu son nom et des photos d'elle et de sa famille être largement partagés, accompagnés de la mention "N'hésitez pas à la contacter pour lui souhaiter de mourir très vite".

CONTRAINTE DE DÉMÉNAGER
Contactée par Le Monde, elle assure pourtant qu'elle était en arrêt maladie et ne travaillait pas le jour de l'appel de Naomi. Le soir qui a suivi la publication du tweet, elle n'a pas pu rentrer chez elle. Le gendarmerie, citée par le journal, rapporte que "deux individus menaçants étaient postés à la porte de son domicile".

Ce simple message posté sur les réseaux sociaux a chamboulé sa vie. Ses enfants ont été contraints de quitter l'école car ils étaient "menacés" et la famille a déménagé dans une autre région. "Ils n'iront pas à l'école avant septembre" regrette-t-elle.

Des membres de la famille de Naomi Musenga, décédée en décembre 2017 après un appel au Samu pris à la légère, répondent aux questions de la presse le 10 mai 2018. © AFP

DEUX AUTRES FEMMES VICTIMES SANS ÊTRE RESPONSABLES
L'individu peu scrupuleux qui a partagé l'identité de Céline ne s'est pas arrêté là: deux autres opératrices du Samu ont été identifiées. Toujours sans qu'elles soient responsables. Sylvie L., 57 ans, explique ne dormir que "deux heures par nuit" et être "au bout du rouleau". Surtout qu'elle continue d'assurer ses responsabilités à la plateforme du Samu, "la seule chose qui [lui] permette de tenir et de ne pas [s']effondrer".

Une troisième opératrice, Emilie L., n'était pas non plus au travail le jour de l'appel de Naomi Musenga. Ce qui ne l'a pas empêchée d'être, elle aussi, identifiée et jetée en pâture sur réseaux sociaux.

"On me souhaite de mourir carbonisée dans ma voiture, d’être séquestrée et battue à mort, de crever comme un animal" raconte-t-elle au quotidien français. Enfermée chez elle, elle ne souhaite plus exercer son métier. "J’ai toujours bataillé pour être une fille droite, juste, indépendante, serviable. Tout ça pour être écrasée comme une merde. Tout ça pour une faute que je n’ai pas commise."

Depuis la révélation de l'enregistrement de l'appel de Naomi, plusieurs agents du Samu ont reçu des menaces et ont déposé plainte. Le Monde conclut son article en rapportant qu'à ce jour, l'auteur des tweets n'a pas été identifié.