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Jerzy Skolimowski, maître complet du cinéma, en rétrospective à Toulouse

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L'artiste polonais Jerzy Skolimowski, le 19 avril 2017 à Toulouse
© AFP

L'artiste polonais Jerzy Skolimowski, 78 ans, dont le film "11 minutes" est à l'affiche en France, est un maître complet du cinéma, réalisateur, scénariste et acteur, qui s'est aussi adonné à la boxe, au jazz, à la poésie et à la peinture.

"Le cinéma m'a choisi par hasard", résume l'artiste, lors d'une rencontre à l'occasion d'une rétrospective organisée par la cinémathèque de Toulouse.

Né le 5 mai 1938 à Lodz, dans le centre de la Pologne, Jerzy Skolimowski est profondément marqué par la Seconde guerre mondiale.

Il se retrouve à l'orphelinat après la mort de son père résistant, tué par les nazis. Puis suit sa mère en Tchécoslovaquie envoyée comme attachée culturelle à la fin de la guerre. Il y partage les bancs d'école avec le futur dissident et président tchèque Vaclav Havel, et sa chambre d'internat avec le futur cinéaste Milos Forman.

De retour en Pologne, il suit des études d'ethnographie, écrit des poèmes et des pièces de théâtre, se passionne pour le jazz et pratique la boxe. Il rencontre alors le réalisateur Andrzej Wajda, qui lui confie le scénario des "Innocents charmeurs".

"Jeune homme, je cherchais ma voie. [...] Je n'étais pas un bon boxeur, j'étais un poète moyen et un médiocre musicien. Donc ce film est tombé du ciel", commente-t-il en riant.

Skolimowski "est parmi les cinéastes les plus représentatifs de ce cinéma moderne né au sein de la nouvelle vague des années soixante", soulignait en 2016 Alberto Barbera, directeur de la Mostra de Venise, où le réalisateur polonais a reçu un Lion d'Or pour l'ensemble de sa carrière. "Avec Roman Polanski, il est le metteur en scène ayant le plus contribué au renouveau du cinéma polonais de cette période".

- Censuré dès ses débuts -

Hors normes dès ses débuts, le jeune cinéaste est chassé de son pays par les autorités communistes quand son 5e film "Haut les mains" est interdit par la censure.

"La plupart des cinéastes polonais des années 1970 jouaient avec la censure", confie-t-il. "Je peux dire que certains d'entre eux étaient dans une sorte de concurrence: +qui va aller le plus loin ?+ Malheureusement, en ce qui concerne +Haut les mains+, je suis allé un peu trop loin".

"Si je ne peux pas faire ce film en Pologne, alors je ne peux faire aucun film en Pologne", lançait-il à l'époque au N°2 du régime polonais, qu'il essayait de convaincre. "Bon voyage", lui répondit simplement ce dernier, selon le réalisateur.

En 1967, Skolimowski est "jeté par-dessus bord", selon ses mots, en Europe de l'Ouest, où il retrouve toute l’internationale des nouvelles vagues émergentes: Polanski, Forman, François Truffaut, Jean-Luc Godard. "N’écoute pas ces imbéciles d’Américains! Toi et moi sommes les meilleurs cinéastes du monde!", lui écrit Godard en réaction à de mauvaises critiques.

Skolimowski continue à tourner, notamment "Deep End", "Travail au noir", "Le Succès à tout prix"... Mais après avoir réalisé "Ferdydurke", une adaptation du roman de Witold Gombrowicz, sur laquelle il avoue s'être "complètement trompé", le réalisateur se tait pendant 17 ans.

Il se retire dans sa maison de Malibu en Californie, puis au milieu des lacs de Mazurie, dans le nord-est de la Pologne, où il s'adonne à la peinture, son passe-temps favori, ponctué de quelques sorties en tant qu'acteur, dans "Les Promesses de l'ombre" de David Cronenberg ou "Soleil de nuit" de Taylor Hackford.

L'impulsion revient en 2008 avec "Quatre nuits avec Anna" puis "Essential Killing" récompensé à la Mostra de Venise, et "11 minutes" qui sort en France après la Pologne et les Etats-Unis.

"Chacun de mes films reflète ma façon de percevoir le monde à un moment donné", dit-il à l'AFP.

L'allure toujours sportive, longue chevelure blanche coiffée d'un chapeau gris et portant souvent des lunettes noires, Skolimowski est marié et père de deux fils, cinéastes comme lui. Son cadet, Jozef, est décédé lors d'un tournage en Inde en 2012.

A Venise, on salue chez lui un "cinéma moderne, libre et innovateur, radicalement anticonformiste et audacieux".

Lui estime avoir fait "des bons et des mauvais films". "Heureusement, ceux qui sont bons sont plus nombreux que ceux qui ne le sont pas", plaisante-t-il.