Noël stressant

Le déballage des cadeaux est un moment "de grande tension et de stress"

Bien-être

Selon Alexandra Balikdjian, docteure en psychologie de la consommation (ULB), la fête de Noël est de plus en plus stressante pour beaucoup de consommateurs.

Premièrement, le budget alloué aux fêtes ne cesse d'augmenter : d'après l'association Ecoconso, le Belge dépense en moyenne 432€ lors des célébrations, principalement pour les cadeaux, la nourriture et les boissons. Un budget considérable, devenu intenable pour certains. "Assumer ce budget n'est pas toujours possible si on veut préserver l'équilibre budgétaire familial", explique la psychologue au micro de RTL INFO.

D'où l'utilité, voire la nécessité parfois, de recourir à des stratégies. D'année en année, celles-ci se multiplient. "Les stratégies sont de plus en plus élaborées, observe Alexandra Balikdjian. Avant, c'était un cadeau par personne, et on se retrouvait avec des montagnes de cadeaux sous le sapin. Aujourd'hui, chez les consommateurs, je vois beaucoup de stratégies apparaître: des tirages au sort, des consignes à respecter en termes de budget "moins de X euros" par exemple, ou encore des stratégies par niveau familial, donc les frères et sœurs offrent un cadeaux aux frères et sœurs, les enfants aux enfants, les grands-parents aux grands-parents, etc.".

Ces consignes varient d'une famille à l'autre, mais dans tous les cas, elles exigent des négociations en interne, qui parfois, prennent du temps. "Ca nécessite de l'organisation en amont de Noël et on entend même déjà parler des fêtes dès l'été", note la psychologue.

"Le déballage des cadeaux est un moment de grande tension"

Outre le stress du budget, il y a le stress lié aux relations sociales. "Certaines familles sont plus dysfonctionnelles que d'autres et les tensions peuvent se sentir à ce moment-là", rappelle la psychologue.

Le déballage des cadeaux, pourtant vu par certains comme un moment de bonheur,  est aussi une importante source de tension. "C'est un moment de démonstration", éclaire la psychologue qui rappelle que tout le monde assiste à ce déballage des cadeaux. "Nous allons donc nous exposer au regard des autres, et ces autres ne sont pas n'importe qui, ce sont nos proches", insiste-t-elle.

Il s'agit donc, en public, de montrer ce que l'on est capable d'acheter. La tâche est d'autant plus ardue en cette période de crise financière. Comment gérer cette pression quand les revenus sont limités? "Si vous achetez un cadeau bon marché ou un cadeau d'une grande valeur à quelqu'un, vous ne racontez pas la même chose bien évidemment. Vous allez raconter la relation que vous avez avec la personne. Si vous dépensez beaucoup d'argent, vous dites 'Ah qu'est-ce que j'aime cette personne regardez je suis prêt à dépenser une somme importante pour elle'".

Dès lors, le fait de ne pas avoir les moyens d'offrir des cadeaux à la hauteur de ses espérances et/ou des espérances des membres de la famille peut être difficilement vécu.

Par ailleurs, le cadeau raconte l'histoire qui unit les membres de la famille les uns avec les autres. "Si une personne  rêve d'un objet et que vous achetez précisément celui-là, vous montrez que vous connaissez ses goûts", explique encore Alexandra Balikdjian, qui précise également que certains vont user de ce stratagème pour se racheter des manquements de l'année: "Cela pourrait venir dire 'J'ai beaucoup travaillé, j'étais absent, mais j'offre un gros et beau cadeau à mon enfant'".


Vous en avez assez de dépenser sans compter? Mieux vaut négocier… avant!

La pression des cadeaux à offrir peut aussi être difficile à vivre par les membres de la famille qui rejettent ou, du moins, questionnent la société de surconsommation. En effet, selon une enquête réalisée par l'ancien observatoire de la vie à la maison ILIV en 2012, huit personnes sur dix se plaignent de l'aspect "trop commercial" des fêtes. Comment faire dans ces cas-là? Changer les habitudes est une entreprise complexe… Et ceux qui prônent la modération ou la sobriété sont parfois perçus comme rabat-joies, voire radins. "C'est difficile de prendre le contrepas, reconnaît la psychologue. Si on choisit de ne pas consommer, on va devoir justifier ce choix auprès de ses proches et expliquer cette démarche. En effet, beaucoup de consommateurs disent "Cette débauche de cadeaux devient intenable, je veux me recentrer sur des valeurs", mais si vous débarquez au repas de Noël avec un petit bricolage et qu'on vous offre en retour un cadeau d'une grande valeur, la situation va être très inconfortable".


Les enfants vont probablement  faire apparaître de la nouveauté au sein des familles

Il faut donc se mettre d'accord en amont des fêtes sur ce que va être Noël. Et la psychologue rassure: "Si ces changements sont bien expliqués et partagés, ils seront très bien vécus". D'après elle, la jeune génération pourrait d'ailleurs être un solide allié. "Les enfants ont conscience que notre planète va mal et que l'écologie est un concept important à considérer, estime Alexandra Balikdjian. Eux aussi peuvent apporter de la nouveauté au sein de la famille et proposer des stratégies qui peuvent être adoptées dans la famille. Peut-être que c'est via les enfants que de nouveaux modes de consommation feront leur apparition".