Le petit coin de l'ouvreuse

Que viva Netflix(o) !

Comment ? L'ouvreuse aurait-elle de l'affection pour le géant Netflix ? Diantre, vérifions tout ceci dans son cinquième billet.

Cette semaine, l’ouvreuse aurait pu vous parler d’un critique intello au Tagebluff qui, privé de Nutella ou de Cannabis, estime sur deux pages et la couv’ de son canard boiteux que Superjhemp est xénophobe, nationaliste, homophobe et sexiste. Gloups ! Elle aurait aussi pu évoquer la chasse aux kangourous d’un député pas intello pour deux kopeks qui n’apprécie alors pas du tout les gays marsupiaux, qui s’est pris une claque monumentale en pleine poire (eng an d’Gladr, en luxo) sur les réseaux sociaux et qui s’est également fait magnifiquement meischer avec une belle réponse du sinistre de l’éducation à une question parlementaire qui fera date dans l’histoire des buts contre son camp. Et vlan !

Mais plutôt que de vous ennuyer avec toutes ces neiges d’antan, Marie-Amandine a décidé d’être une grande hérétique devant le Seigneur en adressant un billet doux à… Netflix. Oui, je sais… Netflix tue le cinéma, on ne peut pas voir les films Netflix sur grand-écran, le Festival de Cannes ne veut plus de Netflix en compétition, et gnan… et gnan… et gnan. Vous savez pertinemment qu’il n’y a pas plus grande cinéphile de ce côté du Pecos que votre ouvreuse chérie qui, malgré un public de cinéma de plus en plus odieux ("obnoxious" en angliche), s’aventure encore dans les salles obscures, même si c’est de moins en moins chaque année. Et pourtant.



Netflix a désormais plus de 137 millions d’abonnés dans le monde et est donc devenue une force incontournable du cinéma mondial. Ce succès global a été dû initialement aux multiples séries (souvent de grande qualité, parfois des merdes inqualifiables), mais comme il faut bien réinvestir tout cet argent généré mensuellement, les responsables autour de Ted Sarandos utilisent de plus en plus souvent ces deniers pour financer ou acquérir des films de très grands cinéastes qui – malgré leur réputation – ont de plus en plus de mal à trouver l’argent nécessaires pour leurs projets, à moins de se vautrer eux-aussi dans les films à super-zéros ou les guerres des étoiles ou autres bestioles redondantes. Le prochain Martin Scorsese, "The Irishman", coûte une fortune et sera un film Netflix. Le nouveau film des frères Coen, "The Ballad of Buster Scruggs" est sur Netflix depuis quelques semaines. Warner Bros., studio coproducteur de "Mowgli" d’Andy Serkis a préféré vendre les droits mondiaux du film (violent et pas vraiment pour gosses) à Netflix, plutôt que de le voir sombrer sur les écrans de Noël face à "Ralph breaks the Internet" (un film superbe, soit dit en passant) ou "Mary Poppins returns". Netflix a également contribué massivement à la restauration et la finition de "The Other Side of the Wind", le dernier film d’Orson Welles, qui était resté enfermé dans ses boîtes depuis plus de quarante ans. Alors que Cannes, suite à la pression des cinémas et compte tenu des délais pour la v.o.d. en France, reste sur ses positions, d’autres grands festivals comme Venise, Toronto ou Londres ont choisi d’ouvrir leurs écrans aux productions ou acquisitions Netflix.  Et c’est justement un film Netflix qui a remporté le prestigieux Lion d’Or au dernier Festival de Venise et qui pourrait très bien se retrouver avec l’Oscar du meilleur film étranger en mars 2019.

L’ouvreuse, privilégiée comme elle est, a découvert ce film magique sur grand écran à Toronto en septembre dernier et elle en est restée sur son joli cul. En fait, elle estime que ROMA d’Alfonso Cuarón, tourné en cinémascope, en noir et blanc et parlé en espagnol, est un des plus beaux films qu’elle a vu depuis qu’elle fréquente les cinémas, c’est à dire, depuis avril 1958. Oui, la croulante se porte bien. Ce vendredi 14 décembre, sans doute dès 8 heures du matin, ROMA sera disponible sur Netflix – partout dans le monde ! ROMA n’a rien en commun avec le film homonyme de Federico Fellini, puisque celui-ci est une lettre d’amour du cinéaste à sa ville natale, Mexico City, et au quartier de Roma où il a grandi. Chronique d’une famille, billet doux à une femme de ménage, images magnifiques d’un quartier, d’une ville, de sa population et des événements politiques de l’époque, lettre d’amour aux cinémas populaires, ROMA est tout cela et beaucoup plus encore – un des films les plus immersifs jamais tournés. Qui doit être vu sur le plus grand écran possible, donc au grand minimum sur une télé gigantesque ou, mieux encore, sur votre home-cinéma ! D’où cette mise en garde de votre mère l’ouvreuse : Si jamais vous décidiez de regarder ROMA sur votre iPhone ou votre iPad, Marie-Amandine vous fera enduire de goudron et de plumes ! ¡Están advertidos! Vous voilà prévenus ! 

Marie-Amandine
Mexico... Mexico..oh..oh !